Vous pensiez que les œufs de poules élevées en cage disparaissaient des rayons des supermarchés en 2026 ? En réalité, une large partie des magasins continue d’en vendre, malgré des promesses claires et répétées. Et ce décalage entre les engagements affichés et ce que vous trouvez réellement en rayon pose une vraie question de confiance… et de bien-être animal.
Ce que révèle l’enquête d’Anima dans les supermarchés
En janvier, l’association de défense animale Anima, avec l’ONG Data for Good, a mené une vaste enquête dans près de 400 supermarchés partout en France. L’objectif était simple : vérifier si les magasins avaient réellement tourné la page des œufs de poules en cage, comme ils s’y étaient engagés.
Le constat est rude : dans 73 % des magasins visités, des œufs issus de poules élevées en cage sont encore présents en rayon. Autrement dit, plus de sept supermarchés sur dix continuent d’en vendre, près de dix ans après les premiers engagements des enseignes pour les supprimer.
Dans le détail, l’enquête a porté sur des grandes enseignes que vous fréquentez sans doute : 48 E. Leclerc, 70 Carrefour, 55 Intermarché, 45 magasins U, 50 Auchan, 60 Lidl, 28 Monoprix et 30 Aldi. Les œufs en cage n’ont donc rien d’un produit marginal ou rare.
Une baisse historique… mais des œufs en cage encore bien visibles
Il y a quand même un progrès réel sur un point : la part des œufs de poules en cage dans les ventes totales a fortement reculé. Selon des données de l’Itavi (l’institut technique de l’aviculture), ces œufs ne représentaient plus que 14 % des ventes en grande surface en 2025. En 2016, ils pesaient encore 51 % du marché.
C’est ce que souligne Anima : les éleveurs et les distributeurs ont réduit le recours aux cages. On parle d’un niveau « historiquement bas ». Pourtant, ces œufs restent bien présents dans les rayons, souvent en bas d’étagère, parfois sous des mentions qui ne sautent pas aux yeux.
Le problème, c’est l’écart entre le discours et la réalité. La plupart des grandes enseignes s’étaient engagées à ne plus vendre d’« œufs cages » à partir du 1er janvier 2026. Or l’enquête, réalisée juste avant cette échéance, montre que la transition est loin d’être terminée.
Quelles enseignes vendent encore des œufs en cage ?
Les résultats ne sont pas les mêmes selon les chaînes de magasins. Cela peut vraiment changer vos habitudes de consommation une fois que vous les connaissez.
Du côté des bons élèves, Monoprix se distingue. Des œufs de poules en cage n’ont été relevés que dans 3,6 % des magasins visités. C’est très peu, et cela montre qu’une sortie presque totale est possible quand l’enseigne le décide.
À l’autre extrémité, certaines marques sont encore massivement concernées. L’enquête d’Anima signale la présence d’« œufs cage » dans :
- plus de 80 % des Carrefour et E. Leclerc visités,
- plus de 90 % des magasins U, Auchan et Lidl visités,
- environ un quart des Aldi, et moins de la moitié des Intermarché.
Autre point important : dans 95 % des cas, il s’agit d’œufs français. Seul Lidl est cité comme vendant fréquemment des œufs de cage étrangers, notamment d’origine polonaise. Aucun œuf ukrainien n’a été identifié lors de cette enquête, alors que ce sujet avait suscité de vives inquiétudes quelques mois plus tôt.
Pourquoi les supermarchés n’ont-ils pas tenu leurs promesses ?
Interrogées, plusieurs enseignes mettent en avant un argument central : le marché français des œufs est en tension. La production ne suivrait pas la hausse de la consommation, ce qui se traduit parfois par des rayons partiellement vides.
Dans ce contexte, certains distributeurs affirment devoir maintenir la vente d’œufs de poules en cage pour éviter les ruptures. D’autres contestent la démarche même d’Anima. Carrefour, par exemple, a indiqué « contester fermement » la méthodologie de l’enquête.
Reste que, pour vous, consommateur ou consommatrice, le sentiment est troublant. Entre les promesses de fin des cages, les étiquettes parfois peu lisibles et les rayons encore bien fournis en œufs premiers prix, difficile de savoir si vos achats correspondent vraiment à vos valeurs.
Comment reconnaître un œuf de poule en cage en magasin ?
La bonne nouvelle, c’est que vous avez des moyens simples pour repérer l’origine du mode d’élevage, même sans être spécialiste. Tout est dans le code imprimé sur la coquille et les mentions sur la boîte.
- Si le code commence par 3 : œuf de poule élevée en cage.
- 2 : élevage au sol, en bâtiment fermé, sans accès extérieur.
- 1 : plein air, les poules sortent à l’extérieur.
- 0 : agriculture biologique, avec plein air et règles plus strictes.
Sur l’emballage, la mention « œufs de poules élevées en cage » ou « élevage en cages aménagées » est parfois écrite en petit. Un prix très bas et la mention « œufs de consommation » sans autre précision doivent aussi vous alerter.
Un petit geste utile : prendre quelques secondes pour vérifier le numéro sur les œufs. Ce simple réflexe transforme réellement la portée de votre achat.
Quel impact pour le bien-être animal et pour vous ?
L’élevage en cage reste l’un des modes de production les plus critiqués sur le plan du bien-être animal. Les poules disposent de très peu d’espace. Elles ne peuvent presque pas déployer leurs ailes, gratter le sol ou adopter des comportements naturels.
En face, les systèmes au sol, en plein air ou bio n’effacent pas tous les problèmes, mais ils offrent plus d’espace et une vie un peu moins contrainte. En choisissant des œufs marqués 1 ou 0, vous envoyez un signal très clair aux producteurs comme aux distributeurs.
Et pour votre quotidien, la différence de prix par œuf reste souvent modérée, surtout si vous réduisez légèrement votre consommation globale d’œufs ou que vous cuisinez plus simplement.
Comment agir concrètement en tant que consommateur ?
Vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez. Même si les engagements des enseignes semblent parfois flous, chaque achat compte et finit par peser sur les choix des supermarchés.
- Privilégier les œufs portant le code 0 ou 1.
- Éviter les œufs dont le code commence par 3, même en promotion.
- Lire les étiquettes des produits transformés (gâteaux, pâtes, plats préparés) et favoriser ceux qui indiquent « œufs de plein air » ou « œufs bio ».
- Faire remonter vos attentes au service client de votre enseigne, en magasin ou en ligne.
Changer une habitude aussi ancrée ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, à grande échelle, ces choix répétés poussent les marques à revovoir leurs approvisionnements. Les chiffres montrant déjà une forte baisse des œufs en cage le prouvent.
Vers la fin des œufs de poules en cage ?
L’enquête d’Anima met en lumière une transition inachevée. Les œufs de poules en cage reculent nettement, mais restent encore largement présents, malgré des engagements très clairs des enseignes pour 2026.
La suite dépendra des décisions des distributeurs, de l’adaptation des filières… et de vos choix au quotidien. Chaque fois que vous retournez une boîte pour vérifier le code « 0, 1, 2 ou 3 », vous envoyez un message. Discret, mais puissant. Et, au fond, c’est souvent comme cela que changent vraiment les rayons des supermarchés.










