Chaque printemps, vous les voyez filer dans le ciel… mais est-ce une hirondelle ou un martinet ? Les deux vont très vite, ont une silhouette fine, des ailes pointues. Et pourtant, ce ne sont pas du tout les mêmes oiseaux. Une fois que vous connaissez les bons indices, vous ne les confondrez plus jamais.
Hirondelle ou martinet : ce ne sont même pas des “cousins”
On pourrait croire qu’ils appartiennent à la même famille. En réalité, pas du tout. L’hirondelle est plus proche du moineau que du martinet. Surprenant, non ?
Les hirondelles font partie de la famille des Hirundinidés, de l’ordre des Passeriformes. Autrement dit, ce sont des passereaux, comme les mésanges, les moineaux ou les rouges-gorges. Les plus fréquentes en France sont :
- l’hirondelle rustique (ou de cheminée) ;
- l’hirondelle de fenêtre ;
- plus localement : l’hirondelle de rivage, de rochers, ou rousseline.
Les martinets, eux, appartiennent à la famille des Apodidés, de l’ordre des Apodiformes. Leur corps est taillé pour le vol presque permanent. Le plus courant chez nous est le martinet noir, mais on trouve aussi le martinet à ventre blanc ou le martinet pâle.
En résumé : hirondelle et martinet ne sont ni de la même famille, ni du même ordre. Ils se ressemblent, mais ce n’est qu’une ressemblance de “style de vie”, pas de parenté.
Les différences physiques à l’œil nu
Vu de loin, on voit juste deux petits oiseaux sombres qui tracent dans le ciel. Pourtant, même sans jumelles, quelques détails sautent vite aux yeux.
Reconnaître une hirondelle
Le plus simple est de regarder les couleurs et la queue. Une hirondelle, c’est :
- un plumage foncé métallisé sur le dessus, avec des reflets bleus ou verts au soleil ;
- un ventre blanc bien visible ;
- souvent une tache colorée sur la gorge :
- rouge brique chez l’hirondelle rustique ;
- blanche chez l’hirondelle de fenêtre.
- une queue très fourchue, en V, avec deux longs “filets” qui descendent ;
- des ailes plutôt courtes par rapport au corps.
Quand elle est posée, l’hirondelle a l’air assez “compacte”. Sa queue en V est très nette. C’est un signe presque infaillible.
Reconnaître un martinet
Le martinet donne une autre impression. Depuis le sol, il paraît presque tout noir :
- plumage entièrement sombre, parfois avec une petite zone plus claire sous la gorge, mais peu visible ;
- corps en forme de cigare, très allongé ;
- ailes très longues, arquées, qui dessinent une forme de faux ou de boomerang ;
- queue courte, beaucoup moins fourchue que celle de l’hirondelle ;
- oiseau un peu plus large et lourd qu’une hirondelle, même si cela se voit surtout quand on a l’habitude.
En vol, un martinet ressemble presque à un arc sombre dans le ciel. Si vous voyez de grandes ailes en faucille et une queue courte, il y a de fortes chances que ce soit lui.
Le secret le plus simple : regarder… où il se pose
Un détail pratique, que beaucoup de gens ignorent : l’un des deux se pose partout, l’autre presque jamais. Et cela change tout pour les reconnaître rapidement.
Si vous voyez un oiseau filiforme posé sur un fil électrique, une antenne ou un rebord, avec une queue en V bien marquée, c’est une hirondelle. Le martinet, lui, ne se pose presque jamais en pleine journée sur ce genre de support. Ses pattes sont très courtes, il a du mal à décoller depuis le sol.
Résultat : un oiseau sombre, effilé, posé sur un câble = hirondelle. Un oiseau sombre, qui tourne sans arrêt dans le ciel, en criant “sriiiii” et qui ne se pose pas = très probablement un martinet.
Qui arrive quand ? Le calendrier des deux migrateurs
Autre différence utile : ils n’arrivent pas au même moment, et ne restent pas aussi longtemps.
- L’hirondelle arrive tôt, souvent dès février-mars. Elle reste jusqu’en octobre.
- Le martinet arrive plus tard, vers avril, parfois mai selon les régions. Et il repart déjà en août.
Donc, si vous voyez ces silhouettes très rapides début août, ce sont souvent des martinets. Fin octobre, il s’agit presque uniquement d’hirondelles, les martinets étant déjà repartis vers l’Afrique.
Deux styles de vol très différents
C’est peut-être la différence la plus fascinante. Hirondelles et martinets ne “vivent” pas le ciel de la même façon.
Le vol de l’hirondelle
L’hirondelle a un vol papillonnant, souple, avec des changements de direction rapides. Elle :
- vole souvent assez bas, au-dessus des prairies, des champs, des routes ;
- ouvre grand la gueule pour attraper des insectes en plein vol ;
- peut atteindre environ 60 km/h, avec parfois des pointes jusqu’à 100 km/h.
On la voit régulièrement tourner autour des bâtiments, passer sous les toits, ralentir, repartir. Elle fait un peu des zigzags, comme si elle dansait dans l’air.
Le vol du martinet
Le martinet, lui, est une véritable fusée du ciel. Son vol est très rapide et très puissant :
- il peut monter très haut dans le ciel, presque jusqu’à disparaître ;
- il alterne de longs vols planés en forme de boomerang et des phases où il bat fortement des ailes ;
- il dépasse facilement les 100 km/h et peut atteindre près de 200 km/h dans certaines conditions.
Mais le plus incroyable, c’est qu’il ne s’arrête presque jamais. Il mange en vol, boit en vol, s’accouple en vol. Même pour dormir, il monterait très haut, puis se laisserait glisser en planant, surtout à l’aube et au crépuscule.
Son nom scientifique “Apus apus” signifie “sans pied”. Ses pattes sont si petites qu’il a du mal à décoller depuis le sol. Il préfère donc rester dans les airs pendant des semaines, voire des mois de suite.
Où nichent-ils ? Des nids très différents
Les deux espèces aiment les cavités pour faire leur nid. Mais le style et l’emplacement n’ont rien à voir. Là encore, cela vous aide à savoir qui est qui.
Les nids d’hirondelles
Les nids d’hirondelles sont assez visibles, surtout si vous levez un peu la tête dans votre village. Ils sont faits de :
- centaines de petites boulettes de boue ;
- mélangées à un peu de paille ou de foin ;
- collés sous un toit, un rebord, une poutre.
Chez l’hirondelle de fenêtre, le nid est :
- en forme de demi-sphère ;
- presque complètement fermé, avec juste une petite ouverture ;
- souvent en colonies : plusieurs nids collés les uns aux autres, sous les toits des maisons, près des fenêtres, des ponts, des tunnels.
Chez l’hirondelle rustique, le nid ressemble plus à un bol ouvert. On le trouve souvent dans les granges, hangars, étables, garages ouverts. Il est donc plus accessible à l’œil.
Les nids de martinets
Les nids de martinets, eux, sont beaucoup plus discrets. On les voit rarement. Le martinet :
- installe son nid dans des cavités sombres et hautes, souvent à plus de 5 m du sol ;
- utilise des matériaux très légers : plumes, poils, débris végétaux ;
- colle le tout avec sa salive.
En ville, il profite des trous dans les façades, des fentes sous les toits, des anfractuosités dans les vieux murs. On entend parfois leurs cris perçants autour des immeubles, sans jamais voir exactement où ils nichent.
Hirondelle à la campagne, martinet en ville ? Pas toujours, mais…
Dans l’ensemble, on peut dire :
- l’hirondelle rustique aime plutôt la campagne, les prairies, les fermes ;
- l’hirondelle de fenêtre fréquente les villages et petites villes ;
- le martinet est très citadin, surtout présent dans les villes avec de grands immeubles.
Mais ce n’est pas une règle absolue. On peut voir des hirondelles en ville, et des martinets au-dessus des villages. L’important est plutôt d’observer le type de vol, la forme de la queue et la présence ou non de blanc ou de rouge sur le plumage.
Deux espèces protégées… et fragiles
Hirondelles et martinets ont un autre point commun très important : ils sont tous les deux protégés par la loi en France.
Leurs populations diminuent. La cause ? L’usage de pesticides qui réduit le nombre d’insectes. La rénovation des bâtiments qui bouche les cavités. La destruction de vieux bâtiments ouverts, de granges, de fermes, de vieux ponts.
Il est donc interdit de détruire leurs nids ou leurs couvées. Même vides, les nids sont protégés, car ils peuvent servir plusieurs années. Si vous faites des travaux, il est conseillé de contacter une association naturaliste pour être guidé.
Côté longévité, le martinet gagne la manche. Il peut vivre entre 10 et 20 ans. L’hirondelle, elle, peut atteindre 10 ans, mais dépasse souvent difficilement 5 ans à cause des nombreux dangers sur les routes migratoires.
En résumé : 3 astuces pour ne plus jamais les confondre
Pour finir, voici un petit mémo simple à garder en tête. La prochaine fois que vous verrez ces oiseaux filer dans le ciel, pensez à ces trois points :
- Forme des ailes et de la queue :
- queue très fourchue en V, ailes plus courtes = hirondelle ;
- ailes en faux, longues, queue courte = martinet.
- Couleur du plumage :
- présence de blanc et parfois de rouge sur la gorge = hirondelle ;
- oiseau presque tout noir vu du sol = martinet.
- Comportement en vol :
- se pose sur les fils électriques, sur les toits, bouge en zigzag = hirondelle ;
- reste presque toujours en l’air, vole très vite, crie fort et ne se pose pas devant vous = martinet.
La prochaine fois que vous lèverez les yeux au ciel au printemps, vous verrez sans doute ces silhouettes différemment. Et peut-être que, maintenant que vous les connaissez un peu mieux, vous aurez encore plus envie de les protéger.










